Un départ pour tous demain dimanche
Départs Édition 2023 28 octobre 2023 - 12h49

Départ pour tous dimanche, une Route du café en deux étapes pour les Class40

Au briefing ce matin, Francis Le Goff, directeur de course, a précisé toutes les modalités techniques du départ, un départ confirmé pour demain dimanche aux 95 équipages des quatre classes de la Transat Jacques Vabre Normandie Le Havre. Christian Dumard, le météorologue de la course a quant à lui déroulé le menu qui attend les concurrents pour les premiers jours de course. Compte-tenu de la violence de la dépression attendue sur le golfe de Gascogne mardi et mercredi prochain, il a été décidé que les Class40 disputeront la course vers Fort-de-France en deux étapes avec une escale à Lorient.

Le grand amphithéâtre des docks du Havre était baigné de lumière ce matin, mais le briefing avait la solennité des éditions corsées de la Route du café. Le millésime 2023 aura manifestement cette teneur si l’on en croit les fichiers météo détaillés par Christian Dumard. Les modèles divergent encore un peu quant à la force des rafales et le timing de passage des fronts, mais le scénario global est le suivant :

  • Le départ dimanche sera donné dans des conditions toniques mais maniables, avec 20 à 25 noeuds de sud-ouest, des conditions qui restent assez stables pour la nuit et la journée du lundi sur l’entame de cette Transat Jacques Vabre Normandie Le Havre,.
  • La mer est encore forte avec 4 mètres de vagues au passage de Ouessant pour les ULTIM dans la nuit de dimanche à lundi mais elle décroît progressivement au passage des premiers Ocean Fifty et IMOCA dans la nuit et lundi matin.
  • L’arrivée d’une seconde dépression très creuse balaye l’Atlantique à partir de mardi 31 octobre, avec un centre à moins de 980 hPa. S’il n’y a pas plus de 4 mètres prévues sur la journée de lundi, les conditions deviennent dantesques à la latitude du cap Finisterre la journée du 2 novembre « avec 8 mètres de vague, des vents de plus de 40 noeuds, auxquels s’ajoute la compression du cap Finisterre qui provoque toujours une accélération », détaille Christian Dumard.

Pour les classes les plus rapides, il faudra être dans le bon tempo mais l’évitement du phénomène est possible. « La diminution du parcours côtier annoncée hier a été pensée dans ce sens précise Francis Le Goff, mais chaque concurrent aura à arbitrer en fonction de sa vitesse et du timing d’arrivée de la dépression. Il ne manque pas de ports sur la route pour temporiser …»

 

Escale à Lorient La Base pour les Class40

En revanche, les Class40 se retrouvent dans une situation de blocage sans échappatoire possible. Et lorsque le directeur de course annonçait en deuxième partie de briefing aux 44 équipages retenus dans l’amphithéâtre des Docks qu’ils disputeraient la Transat Jacques Vabre Normandie Le Havre en deux étapes, la salve d’applaudissements ne laissait aucun doute sur le fait que chacun avait anticipé le phénomène. « Une ligne d’arrivée sera mise en place à Lorient et nous organiserons un second départ lorsque la situation météo permettra de naviguer en sécurité vers Fort-de-France, précisait le directeur de course. Le départ de cette deuxième étape sera donnée en flotte et le classement établi l’arrivée en Martinique à la somme des temps des deux étapes ».

Sécurité mais équité sportive, cette sage décision a néanmoins nécessité de réagir très rapidement pour l’organisateur de la Route du café comme l’expliquait en sortie de briefing Gildas Gautier, co-directeur général de l’évènement : « Lorsque nous avons évoqué cette hypothèse avec la SELLOR (ports de Lorient NDR), ce matin, elle nous a répondu immédiatement qu’elle mettrait tout en oeuvre pour accueillir l’ensemble des 44 Class40 en toute sécurité. Cet accord était un pré-requis pour repenser le parcours des Class 40. Tous les concurrents auront une place réservée à Lorient La Base et nous tenons à remercier chaleureusement les ports de Lorient pour leur accompagnement ».

 

Les mots des marins à la sortie du briefing :

 

Erwan Le Roux (Koesio), Ocean Fifty
« On ne part jamais dans ces conditions la fleur au fusil, et sans appréhensions. On part quand même à la guerre, sans préchauffage, direct à 1800 tours. Il va falloir gérer l’énergie, la fatigue, le mal de mer. La première problématique sera de ne pas abîmer le bateau pour sortir du port. Ensuite à nous de bien naviguer pour garder le bateau dans son intégrité, pour pouvoir jouer jusqu’au bout.La première nuit sera un peu dictée par la dépression, et le vent de nord-ouest qui arrive. On aura un virement au niveau des Scilly, globalement assez ouest. Ce qui va être déterminant, c’est le passage de la deuxième dépression où là il faudra potentiellement descendre plus sud avant de virer pour s’éloigner, du cœur de la mer et du vent, au niveau du cap Finisterre. Vivement mercredi quand on aura entamé la descente ! »

 

Ambrogio Beccaria (Alla Grande Pirelli), Class40 : «  Je ne ressens ni soulagement, ni sentiment de frustration. On était prêt pour y aller, même si c’est une décision très sage pour l’ensemble de la flotte, qui évite de mettre en danger les bateaux le plus lents des Class40. C’est une façon assez intelligente de garder la course intacte. On va donc débuter par un grand warm-up, on est chauds ! »
Nicolas Andrieu (Alla Grande Pirelli), Class40 : «  Cela change pas mal de choses, à commencer par le parcours qui va être beaucoup plus côtier, ainsi que l’intensité qu’on va y mettre. Il va falloir tout donner sur 36 heures. »

 

Vincent Riou (Crosscall), Class40 : «  J’ai disputé la Transat Jacques Vabre en solo, en double et maintenant elle prend la forme d’une course à étapes, soyons fous ! Ce qui est sûr, c’est que partir en direct sur le parcours initial, cela ne passait pas. Cette décision originale est très acceptable. L’important, c’est qu’on fasse une course, j’espère à 44 bateaux au départ de la deuxième étape, et qu’on prenne du plaisir. Maintenant, on attend les règles. De notre côté, on avait fait des impasses sur les voiles parce qu’on partait sur un parcours typé. Est-ce qu’on va avoir le droit de changer, ou de jouer avec un handicap ? On ne le sait pas encore. On part pour un premier sprint dans du vent assez fort, avec différentes allures et beaucoup plus de manœuvres. Psychologiquement, on s’était préparé à un certain déroulé, à présent il faut appréhender les choses différemment, et retourner derrière l’ordinateur. » 

 

Clément Giraud (Coup de Pouce - Giffard Manutention), IMOCA : « On ne devrait pas avoir de problèmes pour sortir de la Manche. Mais la deuxième dépression va nous poser une toute autre problématique, ce sera une question de timing. On aura une décision à prendre - de s’arrêter ou pas -, quand on s’échappera de la pointe Bretagne. Cela dépendra de notre état d’avancement par rapport à ce qui arrive. En bon marin, si on peut passer, on passe. Mais si ça se dégrade, ne serait-ce qu’un tout petit peu, avec le risque d’avoir 60 nœuds en rafales, avec 6-8 mètres de mer, peut-être 10. Les fichiers aujourd’hui sont un peu effrayants. Je suis sous la responsabilité de mon co-skipper et on prendra ensemble une décision avec l’objectif de prendre le moins de risques possibles. »

 

Anthony Marchand (Actual Ultim 3), ULTIM : « C’est bien d’avoir un bateau rapide dans ces conditions, c’est souvent le cas parce que tu as plus de choix par rapport à la météo. Après ce sera quand même des conditions musclées pour nous. Mais si nous n’avons pas de pépin technique, il y a de grandes chances qu’on évite la grosse dépression, car nous serons déjà à la latitude de Gibraltar à son arrivée. On sera plutôt en approche de dorsale, à trouver du soleil, à panser nos petites blessures et faire sécher nos vêtements. Une autre course pourra commencer. »

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